Qui peut faire une IP (information préoccupante) et comment procéder ?
Qui peut faire une IP ? Enseignants, médecins, voisins... découvrez qui est autorisé, comment la rédiger et à qui l'adresser.
Une IP — information préoccupante — n’est pas réservée aux professionnels du travail social. La question de qui peut faire une IP revient souvent, et la réponse est claire : toute personne, qu’elle soit enseignant, médecin, voisin ou simple citoyen, peut en rédiger une dès lors qu’elle a connaissance d’une situation susceptible de mettre un enfant en danger. La loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l’enfance a précisément ouvert ce droit à tous. Concrètement, l’IP est transmise à la CRIP (Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes), chaque département disposant de la sienne. Dans cet article, nous détaillons qui peut la rédiger, dans quelles situations elle s’impose, comment la formuler et à qui l’adresser.
En bref :
- ● Une information préoccupante (IP) est un écrit transmis à la CRIP pour signaler un enfant en situation de risque de danger, sans qu’une certitude de maltraitance soit nécessaire.
- ● Toute personne — professionnel de santé, enseignant, voisin ou simple citoyen — peut rédiger et transmettre une IP sans condition de statut particulier.
- ● L’IP est une démarche administrative distincte du signalement judiciaire, qui s’adresse directement au procureur de la République en cas de danger grave.
- ● Elle est transmise à la Cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP), rattachée au Conseil départemental et à l’Aide sociale à l’enfance (ASE).
- ● Après réception, le département dispose d’un délai légal de 3 mois maximum pour évaluer la situation de l’enfant et décider des suites à donner.
- ● Tout professionnel qui transmet une IP de bonne foi bénéficie d’une protection légale contre d’éventuelles poursuites, même si les faits s’avèrent non confirmés.
Qu’est-ce qu’une information préoccupante (IP) ?
Une information préoccupante — ou IP — n’est pas un acte d’accusation. C’est avant tout un outil de protection de l’enfance, conçu pour alerter les autorités compétentes lorsqu’un mineur semble en difficulté, sans qu’il soit nécessaire d’avoir la preuve formelle d’une maltraitance. Le doute, à lui seul, peut suffire à déclencher la démarche.
Sur le plan légal, l’IP est encadrée par la loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l’enfance, complétée par la loi du 14 mars 2016. Ces textes définissent l’IP comme tout élément d’information — écrit ou oral — susceptible de laisser craindre qu’un mineur de moins de 18 ans est en situation de danger ou de risque de danger, et qui pourrait nécessiter une évaluation ou une intervention de la part du département.
La distinction entre danger avéré et risque de danger est essentielle. Un danger avéré, c’est par exemple un enfant présentant des traces de coups répétées ou révélant des violences subies. Le risque de danger, lui, recouvre des situations plus diffuses : un enfant dont les parents souffrent d’addictions sévères, un nourrisson vivant dans un logement insalubre, ou un adolescent en décrochage scolaire brutal sans raison apparente. Dans les deux cas, l’IP est justifiée.
Une fois rédigée, l’IP est transmise à la Cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP), structure rattachée au Conseil départemental et à l’Aide sociale à l’enfance (ASE). C’est elle qui centralise, analyse et oriente chaque signalement vers une évaluation adaptée.
| Critère | Information préoccupante (IP) | Signalement judiciaire |
|---|---|---|
| Destinataire | CRIP / Conseil départemental | Procureur de la République |
| Seuil de déclenchement | Doute ou risque de danger | Danger grave et immédiat ou infraction pénale |
| Auteur possible | Tout professionnel ou citoyen | Tout professionnel ou citoyen |
| Suite donnée | Évaluation administrative, aide éducative | Enquête judiciaire, mesures pénales |
⚠️ Attention : L’IP ne remplace pas le 119 (Allô Enfance en Danger) en cas de danger immédiat. Si un enfant est en danger grave et nécessite une intervention urgente, appelez le 119, disponible 24h/24 et 7j/7.

Qui peut faire une IP : professionnels et particuliers concernés
Les professionnels tenus d’agir
Certains professionnels ne peuvent pas se permettre de rester passifs face à une situation préoccupante. La loi leur impose une obligation claire. L’article 434-3 du Code pénal prévoit des sanctions pour toute personne qui, ayant connaissance de mauvais traitements infligés à un mineur, s’abstient d’en informer les autorités compétentes : jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende.
Depuis la loi de 2007, le secret professionnel est levé dans ce cadre précis, permettant aux professionnels de partager les informations nécessaires à la protection de l’enfant. Les catégories concernées sont larges :
- Santé : médecins, infirmiers, sages-femmes, pédiatres, psychologues
- Éducation : enseignants, conseillers principaux d’éducation (CPE), AESH, personnels de l’Éducation nationale
- Social : éducateurs spécialisés, assistants sociaux, puéricultrices, assistants maternels, travailleurs sociaux
- Justice : avocats (avec des nuances liées au secret professionnel absolu dans certaines situations)
Pour ces professionnels, l’IP n’est pas une option : c’est une responsabilité légale et déontologique. Ne pas agir face à une situation préoccupante peut engager leur responsabilité pénale.
Les particuliers : tout citoyen peut faire une IP
La loi ne réserve pas l’IP aux seuls professionnels. Un parent, un voisin, un membre de la famille ou n’importe quel citoyen peut transmettre une information préoccupante s’il estime qu’un enfant est en danger ou en risque de l’être. Aucun statut particulier n’est requis.
Pour les non-professionnels, la démarche peut aussi passer par le 119 (Allô Enfance en Danger), disponible 24h/24 et 7j/7, qui oriente ensuite vers la CRIP compétente. C’est souvent la voie la plus simple et la plus rapide pour un particulier qui ne sait pas à qui s’adresser directement.
L’anonymat est techniquement possible, mais il est déconseillé : il limite considérablement les possibilités de suivi et d’échange avec les professionnels chargés de l’évaluation. Mieux vaut s’identifier tout en sachant que les informations transmises restent confidentielles.
💡 Astuce : Avant de rédiger une IP, notez précisément les faits observés avec les dates et heures. Un récit factuel et chronologique est bien plus utile qu’un témoignage vague pour les équipes d’évaluation.
✅ Conseil : Même sans certitude, mieux vaut transmettre une IP que de ne rien faire. La CRIP est justement là pour évaluer la situation — ce n’est pas à l’auteur de l’IP de trancher seul.
Quand et comment faire une IP : signaux d’alerte et rédaction
Les signaux qui justifient de faire une IP
Il n’existe pas de signal unique et évident qui déclenche automatiquement une IP. Dans la réalité, c’est souvent la combinaison de plusieurs signaux faibles qui doit alerter — bien plus qu’un seul indice isolé. Les professionnels de l’enfance le savent : un enfant qui arrive régulièrement sans goûter, qui porte des vêtements inadaptés à la saison et qui se montre soudainement replié sur lui-même mérite attention, même si chaque élément pris séparément paraît anodin.
Les signaux se classent en plusieurs catégories :
- Physiques : blessures inexpliquées ou répétées, malnutrition visible, hygiène corporelle très défaillante, fatigue chronique
- Comportementaux : repli sur soi, agressivité soudaine et inexpliquée, peur marquée des adultes, comportement sexualisé inadapté à l’âge
- Scolaires : absentéisme répété, décrochage brutal, chute des résultats sans raison apparente, isolement dans la cour
- Familiaux : violences conjugales au domicile, addiction sévère d’un ou des deux parents, isolement social de la famille, carences éducatives graves
Certains départements utilisent l’outil EDS (Évaluation de la Situation de Danger) pour structurer l’analyse des signaux et guider les professionnels dans leur décision de transmettre ou non une IP. Dans tous les cas, le principe est clair : le doute suffit, la preuve n’est pas exigée.
Comment structurer le contenu d’une IP
Une IP bien rédigée suit une structure précise. Elle doit être factuelle, datée et neutre : on décrit ce qu’on observe, pas ce qu’on interprète. Évitez les formulations du type « les parents maltraitent leur enfant » — préférez « j’ai observé le [date] que l’enfant présentait des hématomes sur les bras, sans explication fournie ».
| Bloc | Contenu attendu |
|---|---|
| A – Identification de l’auteur | Nom, prénom, fonction, coordonnées professionnelles |
| B – Identification de l’enfant | État civil complet, date de naissance, adresse, établissement scolaire |
| C – Description factuelle | Faits observés, datés et décrits sans interprétation |
| D – Contexte familial | Composition du foyer, environnement, éléments de contexte pertinents |
| E – Actions déjà entreprises | Démarches effectuées, personnes déjà informées, mesures en place |
Plusieurs départements — dont le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis — mettent à disposition des guides et formulaires types téléchargeables pour faciliter la rédaction. Se renseigner auprès de la CRIP locale est toujours une bonne première étape.
💡 Astuce : Conservez systématiquement une copie de l’IP transmise, avec la date d’envoi et le mode de transmission. Ce document peut s’avérer utile en cas de suivi ou de question ultérieure.
⚠️ Attention : Évitez toute formulation accusatoire ou tout jugement de valeur dans la rédaction. Une IP trop interprétative ou émotionnelle peut nuire à la crédibilité de l’alerte et compliquer le travail d’évaluation.
À qui adresser une IP et que se passe-t-il ensuite ?
Une fois rédigée, l’IP doit être adressée à la CRIP du département de résidence de l’enfant — et non du département où travaille le professionnel qui la rédige. Cette cellule, rattachée au Conseil départemental et à l’ASE, est le point d’entrée unique pour toutes les informations préoccupantes.
Les modes de transmission varient selon les départements :
- Courrier recommandé avec accusé de réception (mode le plus formel et le plus sécurisé)
- Formulaire en ligne, disponible sur certains sites de Conseil départemental
- Dépôt physique auprès des services de l’ASE
- Via le 119, pour les particuliers qui souhaitent être guidés dans la démarche
Une fois l’IP reçue, le circuit suit plusieurs étapes bien définies :
- Accusé de réception par la CRIP, confirmant la bonne prise en compte de l’alerte
- Évaluation pluridisciplinaire de la situation par une équipe de professionnels (travailleurs sociaux, psychologues, médecins selon les cas), dans un délai légal de 3 mois maximum
- Décision : classement sans suite si les éléments ne confirment pas le risque ; mise en place de mesures d’aide administrative ; ou transmission au procureur de la République si la situation révèle un danger grave
Les mesures de protection administrative concrètes qui peuvent être déclenchées sont variées : l’Aide Éducative à Domicile (AED), qui accompagne la famille dans son environnement ; l’Action Éducative en Milieu Ouvert (AEMO), ordonnée par le juge des enfants ; ou, en dernier recours, un placement familial ou en structure spécialisée.
✅ Conseil : L’auteur de l’IP peut légitimement demander un retour d’information sur les suites données à son signalement. La CRIP est tenue de répondre, dans le respect de la confidentialité des informations relatives à la famille.
IP ou signalement judiciaire : comment faire la différence ?
La confusion entre information préoccupante et signalement judiciaire est fréquente — et elle peut avoir des conséquences concrètes sur la protection de l’enfant. Ces deux démarches sont complémentaires, mais elles ne s’adressent pas aux mêmes interlocuteurs et ne répondent pas aux mêmes situations.
Pour le formuler simplement : l’IP, c’est alerter pour évaluer. Le signalement, c’est alerter la justice. L’IP emprunte la voie administrative — elle va vers la CRIP et le département. Le signalement judiciaire, lui, est adressé directement au procureur de la République et déclenche une procédure pénale.
On bascule vers le signalement judiciaire dans trois situations principales :
- Le danger est grave et immédiat, nécessitant une intervention rapide que la voie administrative ne peut pas garantir
- Les mesures administratives déjà mises en place ont échoué à protéger l’enfant
- Les faits constatés sont susceptibles de constituer une infraction pénale (violences, abus sexuels, etc.)
Ces deux démarches peuvent être menées simultanément : rien n’interdit de transmettre une IP à la CRIP tout en adressant un signalement au procureur. Tout professionnel peut faire les deux. Un particulier également, bien que les implications soient différentes selon le statut de l’auteur.
⚠️ Attention : Confondre les deux procédures peut retarder la protection de l’enfant. En cas de doute sur la voie à emprunter, le 119 ou le responsable hiérarchique d’un professionnel peuvent orienter rapidement vers la démarche adaptée à la situation.
Questions fréquentes sur l’information préoccupante
Qui peut faire une IP de manière anonyme ?
Toute personne souhaitant faire une IP peut demander que son identité reste confidentielle, notamment les particuliers. La CRIP est tenue de protéger l’identité du signalant si celui-ci en fait la demande explicite. Cependant, un professionnel de l’enfance ne peut généralement pas rester anonyme, car sa qualité professionnelle donne du poids et de la crédibilité à l’information transmise.
Un enseignant est-il obligé de faire une IP s’il suspecte une maltraitance ?
Oui. Tout professionnel en contact avec des mineurs, y compris les enseignants, a l’obligation légale de signaler toute situation de danger ou de risque de danger. Ne pas agir peut engager leur responsabilité. En pratique, l’enseignant informe d’abord sa direction, qui peut coordonner la transmission de l’IP à la CRIP compétente. L’inaction face à une suspicion avérée est juridiquement risquée.
Combien de temps la CRIP a-t-elle pour traiter une IP ?
La loi ne fixe pas de délai légal strict, mais la CRIP doit évaluer la situation dans un délai raisonnable, généralement estimé à trois mois maximum selon les recommandations nationales. En cas de danger immédiat, le traitement est prioritaire et peut déclencher une intervention rapide. L’urgence de la situation conditionne donc directement la réactivité des services départementaux.
Peut-on faire une IP sans en informer les parents de l’enfant ?
Oui, c’est possible et parfois nécessaire. Si informer les parents risque d’aggraver la situation de l’enfant — notamment lorsque la maltraitance est intrafamiliale — il est tout à fait justifié de ne pas les prévenir. La CRIP évalue ensuite si et quand les parents doivent être associés à la démarche, en plaçant systématiquement l’intérêt supérieur de l’enfant au centre de la décision.
Quelle est la différence entre une IP et un appel au 119 ?
Le 119 est un numéro d’appel d’urgence national, accessible à tous, qui permet de signaler verbalement une situation préoccupante. L’IP, elle, est un document écrit et formalisé transmis directement à la CRIP du département. En pratique, qui peut faire une IP peut aussi appeler le 119 : les deux démarches sont complémentaires. Le 119 est souvent le premier réflexe pour les particuliers, l’IP étant davantage utilisée par les professionnels.
Faire une IP : un geste accessible à tous, encadré par la loi
L’information préoccupante est un outil de protection de l’enfance ouvert à tous. Professionnels du secteur social, médical, éducatif, mais aussi simples citoyens : qui peut faire une IP, c’est, en réalité, n’importe quelle personne ayant connaissance d’une situation qui inquiète pour un mineur. La loi protège les auteurs agissant de bonne foi — faire une IP n’est pas accuser, c’est alerter.
La démarche repose sur deux étapes essentielles : rédiger un écrit factuel, centré sur les faits observés et non sur des suppositions, puis le transmettre à la CRIP du département concerné. Pour les particuliers moins à l’aise avec la formalisation écrite, le 119 reste le point d’entrée le plus simple et le plus direct.
En cas de doute persistant sur la marche à suivre, sur la gravité d’une situation ou sur la pertinence d’une démarche, la meilleure option reste de contacter directement la CRIP de votre département avant même de rédiger quoi que ce soit. Les professionnels de la cellule sont là pour conseiller, pas seulement pour recevoir des signalements.
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